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Christine Kerdellant, journaliste et auteure de « Ils se croyaient les meilleurs »

3QA – Christine Kerdellant : Les grandes erreurs de management

D’aussi loin qu’elle se souvienne, Christine Kerdellant a toujours voulu être journaliste. Aussi, après un parcours académique, HEC et haut poste de management au SERNAM (filiale de la SNCF), elle envoie sa candidature à quelques journaux pour embrasser sa passion. En 1990, journaliste pour le magazine L’Entreprise, elle interviewe Bill Gates qui lui confie que s’il n’avait pas échoué, il n’aurait jamais réussi de la sorte. Son livre « Ils se croyaient les meilleurs » est un succès en librairie, 17 ans après son premier ouvrage sur le même thème « Le prix de l’incompétence ». Rencontre. 

 

 

1 – Que cherchez-vous a démontrer dans votre livre en revenant sur les grandes erreurs de management qui ont marqué l’histoire de l’entreprise ?

Dans mon livre, j’ai catégorisé les erreurs selon des critères précis : la faute éthique, l’erreur sur produit ou service, avoir raison trop tôt (problème de timing), oublier de se remettre en cause (les belles endormies), la peur du cannibale (rater un virage technologique ou se faire uberiser), l’erreur de communication, l’erreur interculturel à l’export, l’échec financier, l’erreur de culture d’entreprise, etc.

J’y ai ajouté une partie théorique sur les travaux universitaires qui peuvent expliquer chaque erreur.

 

Ce livre prouve que l’échec est très souvent source de succès, et que tout dépend de la manière dont on l’appréhende et on l’exploite. J’emploie d’ailleurs les termes d’erreur et d’échec, mais je distingue les deux par leur définition. L’échec est selon moi une tentative avortée, et l’erreur est un défaut d’appréciation.

 

2 – Quel rapport à l’erreur avons-nous en France ? En quoi diffère-t-il de la vision américaine ?

Je reviens sur cette interview de Bill Gates qui a été pour moi le point de démarrage de mes recherches sur ce sujet. Il nous avait confié que les Français seraient les rois du monde s’ils n’avaient pas peur de l’échec !

Tout cela nous vient de Descartes, pour qui l’erreur est forcément imputable à celui qui la commet. À cette vision s’ajoute notre système scolaire qui ne donne pas droit à l’erreur, puis le monde professionnel, où il est très difficile de réentreprendre après un dépôt de bilan par exemple. Une mentalité très française.

 

L’échec est fondateur, il n’y a pas d’échec réel de soi-même…

 

Aux États-Unis, lors d’un entretien d’embauche avec Bill Gates ou Steve Jobs, la première question était « Parlez-moi de votre principal échec ? ». Pas question d’évoquer sa chute de vélo à l’âge de 5 ans, mais plutôt un échec dont on a tiré une leçon de vie. Steve Jobs disait d’ailleurs qu’il se sentait plus à l’aise avec des gens qui avaient commis une erreur dans leur carrière car il savait qu’ils ne la commettraient pas deux fois.

En France, on cache ses échecs. Aux États-Unis, on vous demande de les porter en bandoulière. Tout cela évolue en France. Preuve en est, la récente « FailCon » (Failure Conference) qui s’est tenue à Grenoble en mars. Les speakers y racontent comment ils ont surmontés leurs erreurs et en quoi cela leur a permis de s’améliorer.

 

Les patrons des grandes entreprises du web ont d’ailleurs co-écrit un ouvrage intitulé Grandeur et misère des stars du net où ils racontent leurs échecs. Ils ont en commun la mentalité du « Fail, Learn, Succeed » (j’échoue, j’apprends, je réussis).

 

3 – Quelles erreurs nouvelles la digitalisation nous amène-t-elle à commettre en entreprise ? 

Une grande catégorie d’erreur liée à l’innovation reparaît particulièrement. À quel moment faut-il se lancer ? Faut-il être « First Mover » ou « Fast Follower » ?

First Mover, au risque de s’effondrer car trop en avance – c’est ainsi que les journaux se sont cannibalisés face à internet en mettant trop vite en ligne leur contenu gratuitement. Les théories sur le sujet tendent à indiquer qu’une grosse entreprise doit plutôt se ranger dans la catégorie des Fast Followers et que les startups doivent au contraire casser les codes et être First Mover quitte à se faire racheter ensuite.

 

Question BONUS : Si vous aviez un conseil à donner à un jeune entrepreneur ou manager ?

Ce serait de ne pas craindre l’erreur bien sûr ! Et de se rendre compte que nous avons tous une marge énorme de progression. L’échec est fondateur, il n’y a pas d’échec réel de soi-même, mais l’échec d’un de nos projets confronté à un environnement donné.

 

Je donne beaucoup de conférences pour l’APM (Association pour le Progrès du Management fondé par Pierre Bellon, président et créateur de Sodexo) et j’y parle de l’échec comme recette du succès. 

 

Ils se croyaient les meilleurs, écrit par Christine Kerdellant, paru aux éditions Denoël en 2016.

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