Pierre-Yves Sanchis, directeur de la publication sur e-RSE.net

3QA – Pierre-Yves Sanchis

Cette semaine, nous avons posé trois questions à Pierre-Yves Sanchis, directeur de la publication de e-RSE.net, une plateforme digitale de publication dédiée aux informations sur la RSE et le développement durable. Il nous a parlé des grands enjeux de la RSE et de son avenir.

 

1 – Quels sont, selon vous, les grands enjeux et les priorités de la RSE actuellement ?

Je pense qu'il faut distinguer l'intérêt médiatique de ce que l'on peut appeler « les grands enjeux et les priorités » avec ce qui est essentiel pour la planète. Par exemple, jusqu'à 2008 le sujet principal de la RSE était l’écologie et la conscience environnementale. Après 2008, la crise a braqué les projecteurs sur le social, qui est devenu et reste la priorité. Donc on voit que des sujets qui sont assez forts médiatiquement déplacent le curseur sur les politiques appliquées au sein des entreprises. 

Pour moi, le principal objectif aujourd'hui, c'est de faire en sorte que les démarches de développement durable soient porteuses de croissance. Il est important de mettre en place des indicateurs afin de pouvoir calculer précisément les répercussions environnementales et financières. Comme l’a fait Kering [anciennement Pinault-Printemps-Redoute, ndlr] et son étude d'impact Environmental Profit and Loss. 

C'est également le cas avec les salariés. Autoriser le télétravail, créer des atmosphères positives… Autant d'initiatives qui permettent de réduire le taux de turnover et font de la RSE un réel atout économique. 

Plus on va rapprocher la RSE de la performance de l'entreprise, en calculant son ROI par exemple, plus elle va pouvoir grandir et porter ses fruits parce qu'elle sera vue comme partie intégrante du modèle.

 

2 – Comment faire pour sensibiliser son entreprise à la RSE ?

Pendant trop longtemps, et encore maintenant, la RSE est restée une question d'expert : très peu de gens s'en occupent au sein de l'entreprise, ce n'est pas une question ouverte. Or selon une étude réalisée par Mindded, Des Enjeux et des Hommes et Ekodev, 59 % des salariés estiment ne pas être assez informés et 85 % voudraient s'investir plus dans les démarches RSE de leur entreprise.

Quand bien même les salariés s'impliqueraient volontiers, je pense qu'il faut prendre le problème à sa source : si on ne définit pas des indicateurs de RSE dans la fiche de poste ou dans les objectifs du salarié, ce sera du travail optionnel qu’il n’aura certainement pas le temps de faire. Il y a là un gros enjeu de réorganisation au sein des entreprises qui va passer par l'appropriation de la RSE par les salariés. Un MOOC comme Le développement durable : un levier de croissance est un bon moyen de sensibiliser massivement par exemple. 

Il faut des personnes qui portent leur sujet pour faire changer les choses de l'intérieur – on les appelle les intrapreneurs. 

 

3 – De quoi aurait besoin la RSE pour évoluer ? 

Mise à part la démocratisation des postes qui pourrait faire économiser de l'argent en évitant le gaspillage, j'ai malheureusement l'impression que les entreprises n'ont pas beaucoup changé. Même les directeurs développement durables ou les grands experts RSE gardent une approche assez conservatrice de la structure d'une entreprise. On voit bien, notamment chez nos lecteurs, que la vraie volonté de faire changer les choses vient des jeunes. 

Je pense que le vrai changement ne viendra pas de leurs parents ni de leurs supérieurs, qui certes l'ont initié, mais avec un petit côté frileux – pour eux, il ne faut pas que les choses changent trop quand même ! Les nouvelles générations risquent de ne pas trouver leur place au sein de l'entreprise, préférant, sur le coup des 40 ans, partir élever des chèvres dans le Larzac par exemple. Ou finalement, parce qu'ils vont continuer à monter dans la hiérarchie, pouvoir être les vrais moteurs du changement et forcer les entreprises à repenser leur business modèle, leur mode de fonctionnement… Les entreprises vont devoir accepter que ce changement se fasse de l'intérieur par cette nouvelle génération qui ne sera plus si jeune que ça. 

 

Question bonus : quel futur voyez-vous pour la RSE ?

Mon espoir c'est que le terme disparaisse. Les sujets inhérents à la RSE sont tellement vastes et concernent tellement de sujets au sein de l'entreprise que moins on les agglomère, plus on pourra se concentrer sur des problèmes spécifiques. Le changement passe avant tout par le discours.

 

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