Noémie de Grenier Coopaname
Noémie de Grenier, co-directrice de Coopaname

Coopaname : se salarier quand on est indépendant… C’est possible !

Créée en 2004, Coopaname est une « coopérative ouvrière et œuvrière » qui rassemble à ce jour près de 850 personnes, artisans, freelances et prestataires de services en France.

Elle propose à chacun d’apporter son savoir-faire et de développer, de manière autonome, une activité économique qui lui permettra de se salarier. Un moyen pour bénéficier d’avantages sociaux sans liens de subordinations. Noémie de Grenier, âgée de 33 ans est co-directrice de Coopaname depuis 2014 a répondu à nos questions.

 

 

Pouvez-vous nous expliquer les origines de Coopaname ?

Ce type de coopérative est née avant Uber, dans les années 1990, avec les mêmes problématiques socio-économiques : nous sommes face à des personnes qui travaillent à leur compte et qui restent dans un système trop précaire, très peu sécurisant. Une situation qui nous a amené à penser un autre modèle pour ces entrepreneurs. Un modèle où chacun pourrait travailler et être son propre chef, sans pour autant être obligé de créer son entreprise. Le but étant, notamment, d’éviter la précarisation mais aussi l’isolement.

 

Et c’est pour cela que nous avons souhaité expérimenter une autre manière de travailler où il est possible de rester autonome, tout en étant solidaire. Si nous avons choisi le statut de salarié pour les travailleurs, c’est avant tout par pragmatisme : cela permet de créer du lien entre les gens qui travaillent à leur compte et de bénéficier ainsi d’une solidarité interprofessionnelle. Évidemment ce statut permet aussi une meilleure couverture sociale. Une couverture qui est loin d’être aussi avantageuse pour tous les indépendants ! Ce que l’on veut avant tout, c’est montrer que renoncer au salariat n’est pas une obligation lorsque l’on est indépendant. Nous ne sommes pas non plus obligés de renoncer à une sécurité en cas d’accident du travail…

 

 

Comment fonctionne la coopérative ?

En pratique, avant d'intégrer la coopérative, les professionnels participent à une réunion d’information et s’entretiennent avec des membres de la structure. Nous tentons ainsi de cerner au mieux le projet des potentiels arrivants afin d’être certains que la coopérative corresponde aux attentes de tous. Car il peut aussi y avoir des freins pour certains entrepreneurs : le collectif peut aussi parfois être contraignant. Cela reste une structure et il y a des droits et… des devoirs ! Nous avons ainsi une dizaine de personnes qui intègrent la coopérative tous les 15 jours, avec des formations auxquelles elles participent. Une fois que les personnes adhèrent à la coopérative, elles se salarient dès qu’elles dégagent un chiffre d’affaire. Après, chacun est libre de travailler à la fréquence qu’il veut, aussi bien à temps plein qu’à temps partiel par exemple.

 

Nous avons souhaité expérimenter une autre manière de travailler où il est possible de rester autonome, tout en étant solidaire.

 

 

Quelles furent les difficultés rencontrées lors de la mise en place de ce système ?

Lorsque nous avons lancé Coopaname en 2004, il n’y avait personne d’autre dans cette mouvance en France… et c’est pourquoi nous étions regardés très bizarrement ! Il a fallu faire comprendre notre système car il y a avait toujours cette frontière bien délimitée entre le modèle salarial et entrepreneurial. Cela n’a pas été simple. Or nous, ce que l’on voulait, c’était rejeter le monde de l’entreprise, du patronat. Aujourd'hui, c’est beaucoup moins compliqué : on voit bien que la frontière entre les salariés et les indépendants et dépassée, et même, que ce système s’est démultiplié.

 

 

Et en interne ?

En interne, cela n’a pas été trop difficile de faire comprendre notre système et de faire adhérer les professionnels. Les gens deviennent associés une fois qu’ils ont défini leurs orientations professionnelles. Il n’y a pas de surprise. Tout le monde s’associe de manière volontaire. Ils le font parce qu’il veulent le faire.

Par ailleurs, il y a deux ans, nous avons réalisé une étude qui montre que le travail collectif augmente, en moyenne, les revenus. C’est pour cela qu’il est important de savoir construire un projet global, en collectivité, sans lien de subordination. Les difficultés que nous rencontrons sont plutôt d’ordre économique. Notre système repose sur des aides basées sur des fonds public. Des fonds qui sont de moins en moins conséquents…

 

Nous débordons de propositions et avons de vraies envies, beaucoup de projets liés à la question du travail, à la protection sociale, mais nous commençons à être limités. C’est pourquoi nous travaillons beaucoup actuellement à la refonte du modèle économique et organisationnel de la coopérative. Nous travaillons aussi beaucoup sur l’appréhension et l’intégration de nouveaux outils informatiques – pour le suivi des activités par exemple – et ainsi, acquérir plus d’autonomie. Les nouveautés de notre système se feront nécessairement par le biais du digital et notamment grâce aux réseaux sociaux car ils simplifient énormément les choses dans notre cadre. Ce sont des outils très précieux pour la mise en commun.

 

 

Comment avez-vous intégré le bien-être au travail dans ce projet ?

Nos activités reposent sur le collectif et la non subordination et c’est pourquoi nous favorisons un maximum les rencontres, la communication, nous organisons de nombreuses réunions, des formations, des apéros, etc. Tout cela afin de se retrouver et trouver une émulsion collective agréable. Après, il est difficile pour nous de s’adapter exactement au système de l’entreprise plus classique qui dispose d’éléments favorables à la notion du bien-être au travail. Je pense notamment aux Comités d’Entreprise ou encore, aux Comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT). Actuellement, nous avons un CHSCT qui fonctionne mais cela n’a pas toujours été le cas.

 

À savoir que la création de ces comités est impulsée par des professionnels membres qui travaillent généralement dans ce domaine. Ce sont eux qui font vivre ces sujets et qui les mettent en place. Nous avons une très grande diversité de professions et c’est pourquoi il est aussi complexe de mettre en place des chartes communes relatives au bien-être. Par exemple, les consultants et les jardiniers n’ont évidemment pas les problématiques relatives aux risques professionnels.

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