Le présentéisme nuit autant que l'absentéisme au bureau
Crédit Fotolia

Le présentéisme ne vaut pas mieux que l’absentéisme

Alors que tous les regards sont tournés vers l’absentéisme, il existe d’autres phénomènes, difficiles à repérer, mais tout aussi nuisibles pour le salarié et l’entreprise. Le présentéisme en fait partie et connaît même une augmentation importante ces dernières années. Mais quel problème y a-t-il à vouloir être présent pour son entreprise ? Comme pour chaque chose, l’excès comporte des risques…

Les différentes sortes de présentéismes et leurs causes

Cette présence excessive au travail peut se définir par une personne se rendant dans son entreprise, sans être en état physique ou psychologique de travailler correctement. Venir travailler malgré 39° de fièvre, rester jusqu’à 22 heures par solidarité pour ses collègues ou encore papillonner d’un dossier à un autre sans aucune concentration sont autant de situations mettant en lumière le présentéisme.

Cette définition assez large regroupe différents phénomènes. Un salarié malade venant tout de même travailler fait, par exemple, preuve de surprésentéisme. Non seulement il met sa santé en danger mais également celle de ses collègues, les exposant à son virus. Le résultat ? De nombreux malades et une efficacité moindre !

Le présentéisme est liée au mythe selon lequel la performance s’acquiert grâce au nombre d’heures travaillées.

Prenons maintenant le cas d’un autre employé, en forme et bien présent physiquement mais qui ne parvient plus à se concentrer. On parle ici d’un présentéisme contemplatif où la procrastination, l’art de remettre au lendemain, a le dernier mot. Son exact opposé, celui qui a tendance à travailler plus que de raison, presque accro, souffre pour sa part de surengagement chronique. Et on parle enfin de présentéisme stratégique lorsque l’on s’échine au travail pour se faire bien voir, obtenir une promotion ou simplement garder son emploi.

Vous l’aurez compris, le présentéisme prend de multiples formes, probablement parce qu’il existe de nombreuses causes au problème. On peut sans difficulté imaginer un responsable quitter le dernier le bureau par souci d’exemplarité, un salarié perfectionniste peaufiner des dossiers pendant des heures, un autre craindre pour son emploi…

Dans un pays comme la France où le mythe selon lequel la performance s’acquiert grâce au nombre d’heures travaillées, la pression est grande. Qu’elle soit institutionnalisée, exercée par l’entreprise ou bien par le salarié lui-même, cette vision du travail peut parfois inciter à être excessivement présent sur son lieu de travail.

L’impact du présentéisme sur la qualité de vie au travail

Mais contrairement à une idée répandue, un salarié qui travaille trop a plus de difficulté à se concentrer à cause de la fatigue, devient forcément moins efficace et au final, risque de perdre toute motivation.

Les risques liés au présentéisme sont bien réels, aussi bien pour le salarié que pour l’entreprise et impactent fortement la qualité de vie au travail. Selon certaines études, le présentéisme coûterait même plus cher que l’absentéisme.

L’une des formes les plus délicates reste le surengagement chronique. Avec un rythme effréné et malgré une bonne dose de caféine, il est impossible pour quiconque de tenir un rythme effréné sur le long terme. Que ce surengagement soit induit ou institutionnalisé par l’entreprise, avec par exemple des réunions tardives, ou qu’il vienne du salarié par motivation ou sens du devoir, les effets sont tout autant catastrophiques. La personne met en danger sa santé physique, mentale et sociale et peut, dans certains cas, enclencher un processus de burn-out. Sur le plan professionnel, l’efficacité chute et les relations interpersonnelles se dégradent. Sur le plan privé, le surengagé chronique peut totalement se désintéresser des autres sphères de sa vie privée et finir par s’épuiser.

On pourrait croire le présentéisme cantonné au lieu de travail mais le développement des outils numérique et l’arrivée du télétravail ont repoussé le phénomène en dehors des murs de l’entreprise. Consulter ses mails sur ses jours de repos, traiter un dossier urgent à la maison ou encore rester collé à son smartphone révèlent l’ampleur du présentéisme, y compris loin du bureau.

Que tous ces phénomènes arrivent sur le lieu de travail ou non, on ne peut que constater que l’entreprise et les relations managériales ne sont pas les seules à blâmer. Mais à défaut d’en être l’unique cause, le management pourrait bien faire partie intégrante de la solution : et si une prise de conscience et des yeux grands ouverts restaient la meilleure des préventions ?

4 commentaires

  • Laurine dit :

    Bonjour !

    Tout d’abord, merci pour cet article très intéressant.
    Je ne suis pas sûre de comprendre certains points: vous parlez de présentéisme lorsqu’une personne a du travail et qu’elle doit de ce fait terminer plus tard sa journée de travail, mais êtes-vous certain que le burn out est induit par le présentéisme ?
    D’après ce que j’ai lu ailleurs, le présentéisme est le fait de s’obliger ou d’être obligé à effectuer des heures pour les raisons que vous avez cité, mais n’est en aucun cas relié au burn-out. En revanche il serait plutôt lié au bore out, mais pour des raisons différentes.
    Que pensez-vous de cela ?
    Par ailleurs, je vous remercie de la qualité générale de votre site.
    Cordialement.
    P.S.: vous le savez déjà surement mais je vous le note : le phénomène de traiter d’affaires privées au bureau et d’affaires pro à la maison = blurring

    • Merci Laurine pour votre commentaire particulièrement pertinent. Si nous laissons entendre que le burn-out est la conséquence du présentéisme, c’est que nous nous sommes mal exprimés. Il s’agit plutôt de souligner qu’une des origines du burn-out est le présentéisme, qu’il s’agit d’un facteur engageant, parmi d’autres. Travailler beaucoup, que l’on soit obligé de le faire ou que l’on s’oblige soi-même à le faire, peut avoir comme conséquence un burn-out ou un épisode dépressif. 

      Il serait intéressant que nous traitions du bore-out et du blurring dans de prochains sujets. Merci pour ces suggestions, Laurine. Et merci de nous lire !

  • viviane dit :

    L’apparition d’une forme de travail, le blurring, entraine un nouveau rapport des salariés avec leur travail et leur employeur : la notion de temps de travail devient floue, la délocalisation des activités et le travail à distance abolit le concept de présentéisme.
    Le blurring induit de profondes modifications des conditions de travail et d’organisation dans les entreprises, favorables en terme de souplesse pour les tâches personnelles et l’autonomie, mais comportant des risques pour la santé physique et morale des salariés : La prévention des risques des nouvelles formes de travail : http://www.officiel-prevention.com/protections-collectives-organisation-ergonomie/psychologie-du-travail/detail_dossier_CHSCT.php?rub=38&ssrub=163&dossid=541

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *