Anne Seibel sur le tournage de Befikre. ©Anne Seibel

Motiver quand on est chef décoratrice de cinéma

Il était une fois… l'histoire d'une étudiante en architecture issue d'une famille de médecins et de polytechniciens. Rien ne la prédestinait à ce métier de « saltimbanque », décoratrice de plateaux de cinéma. On lui propose pourtant un jour de passer sur un tournage « juste pour voir ». C’est une révélation ! Il y a 30 ans, Anne Seibel a suivi son destin et travaille depuis avec les grands du cinéma : Sofia Coppola, Steven Spielberg, Woody Allen… ce qui lui vaudra une nomination aux Oscars.

 

En quoi la motivation est-elle importante pour une chef décoratrice de cinéma ?

Elle n'est pas juste importante, elle est essentielle ! En tant que chef, je dois être motivée par le sujet, le réalisateur, le lieu du tournage car si je ne suis pas conquise, c'est aussi toute mon équipe qui va en pâtir. Sur le film Marie-Antoinette de Sofia Coppola, je devais gérer et motiver une équipe de 200 personnes. Croyez-moi, il faut une sacrée énergie pour porter tout ce monde. Mais je me suis tellement amusée, c’était génial et Sofia était très sympa.

Parfois, on me propose un film qui ne correspond pas à ma personnalité. Récemment, j’ai préparé un devis pour un film sur un sous-marin, j’ai adoré faire les recherches, mais ce n’était pas assez fantaisiste. Quand j’ai présenté mon travail, je me suis littéralement sabordée. Je connaissais pourtant le producteur, mais je n’y arrivais pas, mon énergie n’y était pas, et je n’ai pas eu le poste bien sûr.

À l’inverse, je viens de finir de travailler sur le tournage du film Befikre (sortie le 9 décembre 2016), avec un réalisateur indien. Il y a eu un bon feeling et une bienveillance dans nos échanges dès le départ. J’ai suivi mon intuition et accepté avant même de lire le scénario. Et au final, c’est le plus gros film indien tourné à Paris avec un budget de 10 millions d’euros. Une expérience formidable !

 

Quelles méthodes employez-vous pour motiver votre équipe ?

Globalement, je suis fidèle et je fais confiance. Pour gérer de grosses équipes, nous avons un système pyramidal, comme dans toutes les entreprises. J’ai plusieurs chefs de poste, un chef constructeur, un premier assistant, une ensemblière (qui supervise l’achat des meubles et accessoires), et eux-mêmes ont leurs assistants et stagiaires qu’ils dirigent.

Je ne peux pas toujours choisir mon équipe, mais lorsque c’est possible, je fais appel aux mêmes personnes. Pour cette fidélité, on travaille avec moi avec le cœur. Mon éducation joue aussi, j’ai appris à respecter l’autre. Depuis le début de ma carrière, j’ai occupé tous les postes. J’ai tout fait, et c'est aussi cela qui me permet d'apprécier la valeur du travail de chacun.

 

Je cherche toujours les points forts pour les utiliser, et les mettre en valeur.

 

 

Quelles difficultés avez-vous rencontré dans votre carrière, en tant que manager et en tant que managée ?

Quand j’ai commencé, on m’a pris de haut, je n’étais pas du milieu ! À 24 ans, j’étais assistante sur un James Bond, et le chef décorateur m’a dit : « J’aurais préféré prendre un mec ». Ça donne le ton… J’ai dû travailler comme une folle pour prouver ma légitimité.

Le risque pour un manager, c’est de choisir un mauvais élément. Dans une équipe éphémère comme c'est le cas au cinéma, un mauvais choix peut se révéler catastrophique. Certaines personnes sèment le désordre et il est difficile de reprendre la main en cours de tournage.

 

a-w

Anne Seibel et Woody Allen

 

Avez-vous des « trucs » qui marchent à tous les coups ?

Tous les matins, je dis « bonjour » à tout le monde. Ça peut paraître tout bête, mais tout le monde ne le fait pas. De temps en temps, j’offre aussi un repas ou les croissants. Je ne fais pas de différences dans l’échelle hiérarchique.

Quand il y a un problème, je prends toujours un café pour parler avec la personne. Il faut être clair, dire les choses… Les gens ne lisent pas dans nos pensées ! Communiquer est essentiel pour dénouer un conflit et relativiser les choses. Si j’ai été un peu dure, je remets les choses à leur place.

Quand des erreurs sont commises, je prends la responsabilité pour l’équipe, mais je donne le pouvoir à la personne de résoudre le problème par elle-même. Ça prouve que je lui fais confiance et le travail est souvent bien rattrapé.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *