Oswald Sallaberger
Oswald Sallaberger, chef d'orchestre, La Maison Illuminée

Motiver quand on est chef d’orchestre

Tout a commencé très tôt pour Oswald Sallaberger dans la petite ville autrichienne de Salzbourg, à l'abri des montagnes du Tyrol, où l’aura de Mozart rayonne pour toujours. Il choisit le violon, qu’il maîtrise très vite. À 15 ans, il est recruté comme violon solo dans l’Orchestre des Jeunes Viennois. Jamais son violon n’a vibré avec tant d’instruments, la première répétition est un choc, une émotion si forte que sa vie entière en sera bouleversée, il sera chef d’orchestre.

Le chemin est long, devenir chef d’orchestre, c’est être choisi, par la musique d’abord, puis par les musiciens. C’est avant tout beaucoup beaucoup de travail pour que cette légitimité soit une évidence. Quelles sont les gammes d’un chef d’orchestre lorsqu’il s’agit de manager des ensembles de 40 à 80 musiciens ? Voici quelques éléments de réponse avec Oswald Sallaberger.

 

En quoi la motivation est-elle importante pour vous ?

De 1998 à 2010, j’ai eu la chance de créer et de diriger l’orchestre de l’Opéra de Rouen. Il a fallu 5 ans de recrutement pour trouver les artistes un à un. Vous savez, le niveau est très haut aujourd’hui, il ne s’agit pas de découvrir le meilleur technicien, mais de trouver celui qui exprime quelque chose de particulier avec son instrument. La musique est un métier de passion, la motivation n’est pas vraiment une question qui se pose, elle va de soi.

Par ailleurs, en 12 ans à la tête de cet ensemble, les personnes évoluent beaucoup et nous quittent pour rejoindre d’autres orchestres. Il faut apprendre à recomposer le groupe avec de nouvelles personnalités. J’ai voulu que chacun ait sa place, une autonomie pour qu’il se sente important.

 

Comment diriger tant de personnalités différentes ?

Lorsqu’on est chef invité, notre temps de travail est très court. En quatre répétitions, le concert doit être prêt. Chaque musicien est très préparé et nous devons trouver ensemble les nuances de plans sonores qui correspondent, un peu comme un « mille-feuille ».

Je commence par donner l’exemple d’un moment musical. Ma vision n’est pas imposée, je suis un capitaine sur la mer qui navigue en douceur, il y a des ajustements, ça vit. Il faut instaurer une confiance avec les musiciens (qui ne viendra parfois qu’avec le public). Néanmoins, les musiciens ont besoin de ma direction, de leur position, il n’ont pas de vision globale.

Si je dois faire des ajustements avec un musicien en particulier, je ne le fais jamais devant le groupe, je le fais avant ou après la pause. Mais vous savez, les mots n’intéressent pas vraiment les musiciens. Ils préfèrent que j’annote leur partition de mes intentions. C’est notre langage.

 

 

Qu’avez-vous appris de vos erreurs ?

Au début, je m’appuyais sur les génies de l’orchestre qui comprennent tout de suite, puis j’ai appris les besoins de chacun. Les violons, par exemple, demandent le plus de réglages, ils sont nombreux, cela nécessite un certain investissement. Les musiciens à vent vont se régler entre eux, et les solistes jouent leur partition. C’est un travail aussi d’être moins figé, plus réceptif aux choix d’interprétation de chacun. Il peut y avoir un moment précis où trois mots transmettent beaucoup. Mais, je ne sais jamais quand il y aura ce moment, il faut le trouver, j’aime beaucoup cette exigence.

Avec l’expérience, on change. Maintenant je vais à un concert plus confiant, je sais gérer tous les aléas. J’ai appris que les petits incidents (et il y en a toujours) peuvent rendre une soirée extraordinaire.

 

Quels conseils donneriez-vous à un manager soucieux de motiver son équipe ?

Inviter chacun à se sentir important ! Un instrument forme la personnalité d’un musicien et c’est magnifique. La diversité est très belle, il faut en tirer un enseignement.

J’ai eu le plaisir depuis tout jeune de jouer plein d’instruments, ce qui m’a enrichi et me permet aujourd’hui de mieux comprendre les besoins de chacun dans un paysage symphonique où tous les sons ont leur place.

Quand je sens que les choses se compliquent, je me souviens que nous sommes tous là pour la même chose : raconter la même histoire. Alors on retravaille les bases et on se met d’accord.

 

Retrouvez Oswald Sallaberger sur le site officiel de La Maison Illuminée.

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