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Ostiane Mathon, Professeur des écoles

Motiver quand on est professeur des écoles

Professeur des écoles pendant 25 ans, dont dix années à partager son temps entre la formation et l’enseignement, Ostiane Mathon a monté en 2014 sa structure d’accompagnement d’équipes, LabLearn. Dans une perpétuelle dynamique d’exploration, celle qui débuta sa carrière sans formation professionnelle dans une école française au Portugal, appréhende aujourd'hui mieux que personne les leviers de motivation d’une profession qui ne s’envisage pas sans une totale implication.

 
En quoi la motivation est-elle clé pour un(e) enseignant(e) ?

Enseigner est une profession complexe, tant en ce qui concerne les gestes professionnels, que les conditions de travail ou encore la faible valorisation du métier. Le plaisir et la motivation sont donc indispensables pour dépasser les difficultés et avoir envie de se lever le matin.

Et même si les sources de joie peuvent être nombreuses dans la journée d’un enseignant, j’ajouterai que c’est la motivation intrinsèque qui est la plus importante, la satisfaction personnelle, le sentiment d’utilité et de développement professionnel.

L’absence de motivation est un mal qui touche de plus en plus d’enseignants, on peut vraiment entrer dans une grande souffrance lorsqu’on n’est plus motivé dans ce métier ou que le contexte extérieur entrave l’engagement et les prises d’initiatives.

 

Et la motivation des élèves ?

Elle est très importante bien sûr, mais pour autant, elle n’est ni un état, ni un pré-requis. On ne peut pas décréter « Il faut que tu sois motivé si tu veux apprendre ».

La motivation est un processus qui se développe, un préalable à l’apprentissage que l’enseignant doit favoriser. Un processus complexe, à la fois mental, physique, émotionnel, intellectuel qui va réguler l’engagement des élèves et la valeur qu’ils vont attribuer à leur travail.

Il revient donc aux enseignants d’orchestrer des situations propices à la motivation grâce notamment à la diversification pédagogique qui permet de toucher un maximum d’élèves.

 

Les leviers de motivation des enfants diffèrent-ils de ceux des adultes ?

Je n’en suis pas sûre. Ce qui diffère c’est l’ouverture. L’enfant n’a pas de cadre limitant, il prend tout comme prétexte à apprendre et possède un élan naturel vers la découverte du monde qui l’entoure. Et malheureusement plus on avance en âge, plus le contexte culturel, social et scolaire vient coder et contraindre l’esprit.

Les enfants étant à mon sens naturellement motivés, la question que doit donc se poser chaque enseignant est avant tout : comment ne pas démotiver ?

 

Avez-vous des astuces motivantes qui marchent à tous les coups ?

Plutôt que des astuces, je dirais qu’il existe plusieurs ressorts à la motivation qu’il faut essayer d’actionner.

Le sens. On apprend volontiers ce qui correspond à nos centres d’intérêts, ce qui répond aux questions que l’on se pose.

La diversité. Plus on propose des supports, des consignes, des organisations de travail, des objets de recherche différents, plus on titille la motivation d’un grand nombre de profils d’enfants.

Le défi. Avoir un défi à relever, une mission à effectuer stimule le sens de l’engagement et augmente la joie de l’accomplissement.

La collaboration. Ressentir le plaisir d’être ensemble, comprendre qu’à plusieurs on est plus intelligent. Travailler en équipe a le pouvoir d’engager émotionnellement et cognitivement l’intégralité de la personne.

Le choix. Quand permettons-nous à nos élèves d’effectuer des choix ? En choisissant sa question, sa démarche, son support, on éduque l’enfant à la responsabilisation, à l’autonomie. Il est très important de l’encourager, et de se demander : quels citoyens formons-nous ?

Le droit à l’erreur. On apprend à marcher en tombant et en se relevant, confiant qu’on ne va pas être puni pour ce faux pas. Il en va de même pour tous les apprentissages. L’erreur est le signe tangible qu’on est en train d’apprendre.

 

Quelles sont, selon vous, les erreurs qui peuvent saper la motivation ?

L’erreur serait de décourager un élève. Comment ? En refusant sa question et en l’empêchant d’aller au bout de son raisonnement.

Il est vraiment primordial de cueillir le questionnement à l’instant où il se présente, au risque de voir l’enfant se démotiver durablement.

 

Quel conseil donneriez-vous à un manager soucieux de motiver ses salariés ?

Je dirais de laisser la possibilité à ses salariés d’intervenir dans les choix basiques, opérationnels ou stratégiques de l'entreprise, afin qu’ils se sentent concernés. Laisser une marge de manœuvre dans la définition de son cadre de travail permet à chacun de se sentir reconnu et donc d’être motivé. 

 

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Pour aller plus loin :

Ostiane Mathon est également l’auteur de nombreux articles et de deux ouvrages :

Je crois en toi , éditions Le Souffle d’Or
Réussir sa première classe (dont la nouvelle édition sort en janvier 2017), ESF éditeur

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