Bruit au travail

Open space : tout partager même le bruit ?

L’organisation du travail change et avec elle, l’aménagement des espaces. Dans le secteur tertiaire, mais pas seulement, les open spaces se sont généralisés. Cela n’est pas sans conséquence sur le bien-être des usagers. Patrick Chevret, responsable de laboratoire à l’INRS, livre à Mieux le Mag quelques clés pour comprendre et améliorer le confort acoustique de vos espaces.

 

Marginal dans les années 2000, le travail en open space est aujourd’hui tout à fait courant. On oublie souvent qu’il a d’abord été testé en France dans les centres d’appels, avant d’être généralisé dans le secteur tertiaire. « Sur ce sujet, nous avons imité nos homologues allemands qui ont été précurseurs en installant les premiers centres d’appels dans des espaces de travail ouvert dans les années 40. Ensuite, les pays anglo-saxons (Grande-Bretagne, Canada, États-Unis) ont repris et élargi le concept à d’autres types d’activités, suivis de près par la France » explique Patrick Chevret, responsable de laboratoire à l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité).

Deux explications à cet engouement : «  l’approche collaborative du travail très en vogue et la maîtrise des coûts. Beaucoup de chefs d’entreprise ou de responsables RH y ont vu l’occasion de multiplier les postes de travail à moindre frais » commente Patrick Chevret.

Les conversations : principale cause de nuisance

Cette généralisation n’est pas sans incidence, notamment du point de vue de la qualité de vie des usagers. Environ 40 % d’entre eux se disent insatisfaits de leur espace de travail*, notamment en raison du bruit qu’ils considèrent comme la principale source de nuisance. En cause : les sonneries de téléphone, photocopieurs, imprimantes ou autre ventilation, mais surtout les conversations. Évidemment, ces dernières ne présentent aucun risque pour le système auditif. « Quand elles sont intelligibles, les conversations envahissent l’espace privé et nuisent à la concentration. Tous les processus cognitifs sont impactés, la performance instantanée de la personne est impactée à court terme comme à long terme. C’est en outre une source de fatigue supplémentaire qui accroît le risque d’absentéisme » met en exergue Patrick Chevret. Bien loin devant les tables de ping-pong et autre installation conviviale, l’acoustique est un vrai facteur de bien-être et de santé au travail.

Une nouvelle norme volontaire AFNOR

Les nuisances sonores vécues en open space s’expliquent facilement : « En plein air, il faut savoir que le niveau sonore décroît avec l’éloignement. Dans un local fermé, c’est le contraire : les parois du local réfléchissent le bruit. S’il n’est pas spécifiquement adapté, le local est même un facteur d’augmentation de la nuisance sonore.  Et c’est d’autant plus vrai d’un espace pensé pour 5 personnes qui en héberge 10 ! » précise Patrick Chevret. Par ailleurs, la conception de ces espaces échappe à la réglementation française en matière de bruit : le Code du travail indique que des actions correctives doivent être mises en place dans les organisations à partir du seuil de 80 décibels. Le bruit en open space atteint plutôt les 50 à 55 décibels, ce qui explique que le sujet ait aussi peu été anticipé. Jusqu’alors.

En 2016, l’AFNOR a mis au point la norme volontaire S31-199, la toute première du genre à se consacrer entièrement aux espaces ouverts. Valable pour tout espace qui accueille plus de 5 personnes sans séparation complète, mais non obligatoire, elle propose une analyse acoustique des grandes typologies d’activités – travail faiblement collaboratif, travail collaboratif, travail au téléphone, prestations d’accueil du public – et délivre des recommandations permettant d’améliorer le bien-être sonore des personnes au travail.

Intégrer l’acoustique en amont de tout projet

Les solutions anti-bruit permettant de diminuer l’intensité des nuisances sonores en open space sont connues. « À l’INRS, nous mettons en avant l’efficacité d’un plafond acoustique, des cloisonnettes entre les bureaux ou des plaques absorbantes sur les murs ou au plafond. Pour nous, il est impératif aussi que les espaces dévolus aux activités sociales soient cloisonnées : un espace café/restauration ouvert au milieu de l’espace est une erreur en termes d’acoustique. » Pas de remède absolu pour autant : « Tout dépend de l’activité, du nombre de personnes concernées, de la qualité des sols, des aménagements existants. Les installations à prévoir seront préconisées au cas par cas, leur chiffrage également. La réponse ne peut pas être la même pour un espace qui héberge une activité de centre d’appels ou de recherche » rappelle Patrick Chevret.

S’il est tout de même une règle acoustique commune à tous les open spaces, c’est la nécessité d’anticiper : « plus le paramètre acoustique sera intégré en amont de la conception, meilleur sera le résultat du point de vue du confort acoustique et du porte-monnaie. Très efficace, un plafond acoustique peut par exemple voir son coût flamber s’il comprend, outre l’achat du matériel, une dépose et une repose. Sans parler de la nécessité souvent d’interdire l’accès à l’espace durant quelques jours… »  C’est tout l’intérêt d’une approche pluridisciplinaire qui réunit le plus tôt possible, dans un projet d’aménagement d’espace de travail ouvert, les différents corps de métiers (architecte, ergonome) et acteurs de la prévention (CARSAT).

 

Comment évaluer le bruit dans vos open spaces ?

Vous êtes soucieux du confort acoustique de vos équipes en open space mais ne savez pas comment l’évaluer ? Dans le sillage de la norme AFNOR 2016, l’INRS a développé, en collaboration avec l’INSA de Lyon, le questionnaire GABO (Gêne Acoustique dans les Bureaux Ouverts).

Annexé à la norme AFNOR et présent sur le site internet de l’INRS, il permet de recueillir le ressenti des personnes vis-à-vis de leur environnement de travail et du bruit en particulier. Il présente le double intérêt de les associer à la démarche d’amélioration de l’espace de travail et d’objectiver leur perception du bruit (type de sources sonores gênantes, type de tâche perturbée, échelle de sensibilité au bruit, perception de leur santé, etc.). Outil d’analyse, ce questionnaire est aussi un support de discussion pour tendre vers un environnement sonore accepté par tous.

 

* source Actinoé / CSA 2015

 

Laisser un commentaire