Bonheur au travail (Image by rawpixel on Pixabay)
Bonheur au travail

Qualité de vie au travail, bien-être et bonheur : quelle réalité dans votre entreprise ?

C’est aujourd’hui la journée internationale du bonheur. Depuis la diffusion en 2014 d’un documentaire sur Arte intitulé « Le bonheur au travail », les expressions « qualité de vie au travail », « bien-être » et « bonheur au travail » font l’objet de très nombreux articles dans la presse et de déclinaisons diverses dans les entreprises. Elles sont utilisées souvent de manière synonyme. À tort. Car elles recouvrent des notions et des implications bien différentes. Mieux le Mag vous apporte quelques éclairages pour vous aider à choisir le concept le plus approprié à votre projet d’entreprise.

 

La qualité de vie au travail a tout juste l’âge de raison ! Pour bien comprendre son périmètre, faisons un pas en arrière. En entreprise, jusque dans les années 90, les directions veillaient principalement aux conditions matérielles du travail : chaleur, bruit, lumières, fumées toxiques… Progressivement, la pénibilité physique du travail est devenue un point d’attention, le chef d’entreprise devant veiller à la santé et à la sécurité de ses équipes par des actions de prévention. 

Puis, sous l’effet conjugué de la mondialisation, de la financiarisation et de la digitalisation, les marges de manœuvres financières se sont réduites dans les entreprises, éloignant les salariés des systèmes de décision et conduisant à plus de pression sur leurs épaules. À la pénibilité physique s’est ajoutée la nécessité de veiller à la santé psychique des salariés dans un Accord National Interprofessionnel en 2008.

La qualité de vie au travail est apparue dans les années 2010, s’incarnant dans un nouvel Accord National Interprofessionnel en 2013. Comment est-elle définie ?  

La qualité de vie au travail : une perception individuelle liée à des conditions objectives  

Selon l’Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail, la qualité de vie au travail (appelée communément QVT) « est une perception qui résulte des conditions dans lesquelles les collaborateurs exercent leur travail et leur capacité à s’exprimer et agir sur le contenu de celui-ci. » Autrement dit, la qualité de vie est un sentiment subjectif, lui-même influencé par des conditions objectives de travail et d’organisation dans l’entreprise. Raison pour laquelle, la QVT est du ressort de l’entreprise pour bon nombre de spécialistes de ces questions.

L’accord précise également dans son préambule que la QVT « désigne et regroupe (…) des actions qui permettent de concilier l’amélioration des conditions de travail pour les salariés et la performance globale des entreprises (…) Car elle vise d’abord le travail, les conditions de travail et la possibilité qu’elles ouvrent ou non de faire du bon travail dans une bonne ambiance ». La QVT est donc un levier au service de la qualité du travail que l’entreprise souhaite délivrer à ses clients. C’est un point de départ à une démarche de « transformation », impliquant les collaborateurs mais aussi la direction pour devenir ou rester une entreprise performante où il fait bon travailler.

Le bien-être : une notion qui ne relève pas de l’organisation du travail

Le bien-être est une notion différente, centrée davantage sur l’individu. Selon le dictionnaire Larousse, le « bien-être est un état agréable résultant de la satisfaction des besoins du corps et du calme de l’esprit ». La notion renvoie aux attentes de l’individu en termes de santé ou de confort et dépasse la seule sphère professionnelle. Pour l’Anact, les notions de QVT et de bien-être ne sont pas synonymes : « cela laisserait entendre que la qualité de vie au travail peut être atteinte par l’intermédiaire de dispositifs favorisant l’adéquation entre les attentes individuelles et les programmes RH ».

On reconnaît les programmes de bien-être au travail à ce qu’ils relèvent souvent de thématiques de santé publique comme la nutrition, la gestion du stress, la prévention des addictions, la relaxation…  Il est à noter que, sur un plan juridique, l’employeur a pour obligation de créer de bonnes conditions de travail pour ses collaborateurs, mais n’est en revanche pas responsable de la santé individuelle de la personne, en dehors de son travail. Bien sûr, ces actions peuvent tout à fait consolider une stratégie d’amélioration de la QVT mais n’en sont pas la colonne vertébrale, puisqu’elles ne relèvent pas fondamentalement de l’organisation du travail en tant que tel. La QVT vise la performance collective et durable de l’entreprise alors que le bien-être priorise le confort individuel de la personne au travail.

 

Le bonheur : un concept philosophique

Que penser du bonheur au travail ? Le bonheur est un état personnel et individuel de complète satisfaction, caractérisé par sa stabilité et sa durabilité. Selon Christine Carter, membre du Greater Good Science Center de l’université de Californie, le bonheur repose sur le fait de pouvoir accéder à « un large éventail d’émotions positives, comme l’espoir, l’optimisme, la confiance en soi, la gratitude, l’inspiration et l’admiration ». C’est un concept philosophique.

Est-il applicable à l’entreprise ? L’entreprise peut-elle faire le bonheur de ses salariés ? Oui, selon la Fabrique Spinoza notamment : « nous passons 39 h par semaine au travail, c’est assez important pour tenter d’être le plus épanouis possible ! » met en perspective Virginie Boutin, membre du think tank du bonheur citoyen et également coach en entreprise. On retrouve d’ailleurs ce concept dans les entreprises dites « libérées » de toutes tailles , celles qui en tout cas ont mis en place un management participatif et une autonomisation croissante des collaborateurs pour leur permettre d’atteindre une forme d’accomplissement, sinon d’épanouissement… Certaines de ces structures ont été jusqu’à créer le poste de Chief Happyness Officer (CHO), dont la vocation est de s’assurer que l’entreprise vise bien, à travers chacune de ses décisions le bonheur de ses salariés

En résumé 

Chaque expression recouvre une ambition et des moyens d’y parvenir bien différents. Sur ce sujet aussi, la langue française a ses subtilités qu’il convient de bien maîtriser avant de s’engager sur une voie que l’entreprise, et son dirigeant, ne pourront (ou ne voudront) pas tenir !

 



D’hier à aujourd’hui

Il n’est pas étonnant qu’on cherche aujourd’hui à faire coexister le mot travail avec celui de bonheur, de bien-être ou de qualité de vie. Historiquement, le terme est plutôt connoté négativement ! Travail vient du latin populaire « tripalium » qui désignait un instrument d’immobilisation (et éventuellement de torture) à trois pieux. Il a aussi renvoyé à l’état d’une personne qui souffre, avant d’être étendu plus largement aux occupations nécessitant des efforts pénibles, celles des « hommes de peine », puis à toutes les activités de production…

 

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