Lumière naturelle au bureau, un réel enjeu de santé et de QVT
Lumière naturelle au bureau, un réel enjeu de santé et de QVT

La lumière naturelle au travail : un enjeu de santé publique

La lumière au bureau sert à bien voir autant qu’à se sentir bien sur son lieu de travail. Pour autant qu’il s’agisse de lumière naturelle ! Emmanuel Caël est le dirigeant de Nature & Confort, entreprise spécialisée dans les solutions d’éclairage naturel dans les bâtiments. De par son expertise, il est animateur du groupe Lumière et Éclairage Naturels au sein du Cluster Lumière et membre expert du groupe de travail Lumière Naturelle de l’AFNOR. Il explique à Mieux le Mag en quoi l’exposition à la lumière naturelle au travail devrait être un enjeu de santé publique et comment la législation européenne est en train d’évoluer à ce sujet.

 

Que dit la loi en France sur l’apport de lumière naturelle sur le lieu de travail ?

 

La norme NF EN 12-464-1 d’éclairage sur les lieux de travail est axée sur l’éclairement* d’une façon générale, dans le but précis de bien voir la tâche à réaliser. Concernant l’éclairage naturel, aucun niveau minimal d’éclairement n’est fixé. L’accent est surtout mis sur les économies d’énergies engendrées par l’apport de lumière naturelle, pas sur le bien-être des personnes au travail. Or, en France, l’électricité, même si ses tarifs ont tendance à augmenter, est beaucoup moins chère que dans le reste de l’Europe. L’argument économique incite modérément les entreprises à revoir leur cahier des charges et c’est d’autant plus vrai avec l’arrivée des leds, peu consommatrices d’énergie. Quant à l’argument « santé », il  n’est pas du tout pris en compte. Contrairement aux Composés Organiques Volatiles (COV) nuisant à la qualité de l’air intérieur, les méfaits d’un mauvais éclairage sur la santé sont moins évidents à mettre en évidence. Seul l’INRS prend position en faveur de l’éclairage naturel pour le bien-être des travailleurs.

 

Quelles sont les conséquences sur la santé de l’absence prolongée de lumière naturelle sur le lieu de travail ?

 

Nos yeux ne servent pas qu’à voir ! Leur capacité à capter la lumière du jour permet d’orchestrer tout le rythme biologique du corps humain. Du cycle circadien** aux divisions cellulaires. Des études prouvent ainsi que des personnes travaillant tout le temps sous terre présentent un taux de cancer plus élevé que la moyenne nationale. D’autres études commencent à établir un lien entre un mauvais éclairage et l’augmentation du taux de cancer, mais pas encore suffisamment pour faire de la mauvaise qualité d’éclairement un enjeu de santé publique. La qualité de l’éclairement joue également sur l’humeur, chacun a pu en faire l’expérience, mais aussi sur la vigilance avec un risque d’accident accru.

 

Quelles sont les motivations pour amener de la lumière naturelle dans les espaces de travail ?

 

Certaines activités, comme la carrosserie, l’habillement textile, l’imprimerie, ont besoin de percevoir correctement le rendu des couleurs. Seule la lumière naturelle est capable de leur apporter une complète satisfaction. D’autres secteurs sont à la recherche du confort, dans le sens de bien-être ressenti dans un bâtiment, apporté par la lumière naturelle. Notamment les hôpitaux, les crèches ou les EHPAD. Enfin, les vertus thérapeutiques de la lumière naturelle sont exploitées par certains hôpitaux pour traiter les troubles du sommeil. La prochaine étape, et j’espère que la nouvelle norme européenne va y contribuer, sera de faire comprendre que chaque personne, quelle que soit l’activité pratiquée en intérieur, doit pouvoir bénéficier des bienfaits de la lumière naturelle.

 

La norme européenne EN 17.037 est en passe d’être adoptée cet automne. En quoi peut-elle faire bouger les choses ?

 

Tout d’abord c’est une première, car au niveau européen il n’existait pas de norme sur l’éclairage naturel. Celle-ci va donc servir de référent indiscutable. Ensuite, cette norme prend en compte tous les aspects de l’éclairage naturel. En premier lieu, la quantité de lux – unité de mesure de l’éclairement lumineux – issue de la lumière naturelle qu’un lieu de travail doit fournir aux salariés. La norme préconise un apport de « 300 lux pendant la moitié du temps de la période d’activité ». Pour des bureaux situés près d’une fenêtre, ce ne sera pas un souci. En revanche, si le bâtiment est large avec des pièces assez sombres, cela signifie qu’il faudra recourir à des produits d’éclairage naturel pour y amener la qualité de lumière naturelle souhaitée. À terme, cette norme va donc inciter les architectes à revoir leur façon de concevoir les bâtiments.

Ensuite vient « la vue ». Que voit un travailleur quand il regarde par la fenêtre ? Une vue courte, voire désagréable, peut avoir des effets néfastes au bout de plusieurs années. Soigner la qualité d’éclairement et de la vue relèvent donc de la prévention au travail.

En troisième point, la norme déclare que « le travailleur devra être exposé aux rayons du soleil au moins une heure trente par jour », dans le but de respecter son cycle circadien, et ajoute « tout en veillant à limiter l’éblouissement ». On parle là de la personne et non plus du lieu de travail. On touche alors aux deux reproches fait à l’éclairage naturel : l’éblouissement dû aux rayons du soleil sur la personne et la trop grande chaleur potentiellement apportée dans une pièce par ces mêmes rayons. L’apport de lumière naturelle doit donc se faire intelligemment. Pour cela, de nombreux produits innovants existent enrichis de systèmes d’optique : des produits avec des prismes pour collecter la lumière du soleil, des lentilles spéciales pour ne pas éblouir les gens, des systèmes pour concentrer la lumière, etc.

 

Quels conseils donneriez-vous aux chefs d’entreprise qui souhaiteraient s’approprier cette norme pour améliorer le confort de leurs salariés ?

 

Tout d’abord qu’ils se rassurent, des solutions existent pour amener de la lumière naturelle dans un bureau éloigné d’une fenêtre ou même dans un entrepôt frigorifique. Ensuite, il faut toujours associer l’éclairement naturel à de l’éclairage électrique gradué afin d’atteindre les 300 lux recommandés, et donc penser son éclairage sur une année complète afin d’optimiser l’installation. Enfin, ils doivent prendre conscience que des salariés ayant accès à l’éclairage naturel, sans apport excessif de chaleur, et à une vue de qualité, ont les meilleures conditions pour bien travailler.

 

(*) L’éclairement renvoie à la transmission de la lumière naturelle, l’éclairage à la distribution de la lumière artificielle.

(*) cycle circadien : cycle de 24 heures alternant veille et sommeil du corps humain.

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