Télétravail et flex office
Télétravail et flex office

Télétravail, flex-office : « l’espace est un outil au service d’une vision du travail »

À quelles conditions un travailleur nomade peut-il être un travailleur heureux ? Voici l’une des questions auxquelles répond l’étude menée par Fabernovel Institute et Bureaux A Partager sur les usages du télétravail et du flex-office. Explications avec Camille Kiejman, head of content chez Fabernovel Institute, et Cécile Peghaire, responsable communication chez Bureaux A Partager.  

 

Votre étude ne porte pas tant sur l’intérêt du travail nomade que sur les pratiques des entreprises pour le déployer. Pourquoi cet angle de vue ?

 

Camille Kiejman : Aujourd’hui, 65 % des Français s’intéressent au télétravail, 25 % le pratiquent régulièrement et 77 % des structures ont déjà testé l’aménagement en bureaux flexibles. La question n’est donc plus de savoir s’il faut y aller, le mouvement est engagé, mais bien comment y aller pour assurer cette évolution dans le respect des collaborateurs, tout en contribuant à la performance des organisations.

 

Le nomadisme recouvre deux notions : le télétravail et le flex-office. Elles répondent a priori à des objectifs très différents. Que vous-ont partagé les entreprises interviewées sur ce sujet ?

 

Cécile Peghaire : La mise en place du flex-office répond effectivement à des enjeux économiques : alors que l’accès aux m2 de bureaux est de plus en plus cher, un grand nombre de bureaux restent inoccupés… Au-delà de ce paramètre, les organisations poursuivent surtout des enjeux humains et sociologiques. Aujourd’hui, les travailleurs demandent de plus en plus de flexibilité : ils ont besoin de mieux concilier les temps de vie professionnels et personnels et attendent un mode de travail plus collaboratif, plus d’horizontalité dans l’entreprise. Autrement dit davantage de qualité de vie au travail qui a un rôle décisif pour motiver et engager durablement les salariés comme pour recruter de nouveaux collaborateurs. C’est le fil qui relie la cinquantaine de structures rencontrées.

 

Quelles sont alors les bonnes pratiques déployées dans les entreprises ?

 

C.K. : L’étude montre que, pour que ça marche, il faut revenir aux fondamentaux. D’abord communiquer sur ce qu’on en attend le plus tôt possible, ensuite valoriser les bénéfices. Un effort doit être porté en direction des managers afin de replacer l’évolution de l’espace de travail dans son contexte : un manager n’est plus tant un « chef » qu’un animateur. Et pour animer le collectif, sa présence dans les équipes est indispensable…

 

C.P. : Les entreprises sont vigilantes à accompagner aussi l’ensemble des collaborateurs. Elles sont nombreuses à faire travailler en amont les équipes sur les règles de fonctionnement du télétravail qui vont garantir la continuité de la collaboration en équipe : choix du ou des jours de télétravail, disponibilité, mode de communication… C’est la même chose pour le flex-office : les règles du jeu doivent être fixées en amont par les acteurs et partagées régulièrement pour que chacun ait en tête le fonctionnement d’un espace partagé, ses grands principes et ses objectifs, ses exceptions parfois… C’est la condition d’une véritable appropriation.

Il est aussi important que les organisations anticipent les outils qui vont contribuer à un déploiement efficace pour l’entreprise et confortable pour les équipes : l’ordinateur portable qui doit pouvoir se connecter facilement au réseau de l’entreprise et aux outils collaboratifs pour partager et travailler à distance, des espaces numériques de travail partagés, des messageries instantanées, des outils de visio-conférences… Il en existe beaucoup. Mieux vaut bien prendre le temps de les choisir que d’en déployer trop qui ne seront pas utilisés.

 

Ces approches ne sont pas sans risque pour les collaborateurs et ne font pas toujours l’unanimité…

 

C.P.: Tout dépend de la manière dont elles sont déployées dans les entreprises. Oui renoncer à un bureau statutaire peut déstabiliser un manager. Effectivement, le télétravail peut perturber l’équilibre de vie d’une équipe et amener le télétravailleur à une forme d’éloignement et d’isolement. Et effectivement, le flex-office peut aussi être dévoyé, avec des collaborateurs qui occupent toujours les meilleurs postes….

C.K. : Quand cela arrive, c’est souvent l’expression d’une mauvaise vision de l’espace. L’espace de travail n’est qu’un outil pour créer de la transformation dans les entreprises : il ne se suffit pas à lui-même mais doit être au service des usages. Autrement dit, il est au service d’une vision du travail et d’une politique managériale qui doit être réfléchie et cadrée en amont. Raison pour laquelle il ne peut y avoir de solution normalisée à l’utilisation du télétravail et du flex-office. Chaque organisation doit questionner la pertinence de ces solutions et les adapter pour qu’elles prennent en compte toutes les singularités de l’entreprise, son activité, ses métiers, son organisation géographique, sa culture…

 

Le nomadisme n’est pas possible dans toutes les activités. Ce peut être source de frustration, de jalousie dans les équipes. Comment l’éviter ?

 

C.K.: L’étude nous a permis de voir que les entreprises en sont conscientes et essaient d’y palier en proposant des dispositifs ou des initiatives qui favorisent quand même une autre manière de travailler. Les réponses sont variées : une plus grande flexibilité dans les horaires de travail, des jours de récupération en plus, des zones de repos plus qualitatives. C’est un mouvement de fond et c’est très encourageant.

 

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Deux concepts en bref

Le télétravail : c’est le fait d’exercer son métier dans un endroit autre que les locaux de son client ou de son employeur (home-office, espace de co-working). Son déploiement a été élargi par les ordonnances Macron. L’étude montre que dans les entreprises interviewées, elles n’ont eu que peu d’impact, le télétravail étant déjà initié.

Le flex-office : le salarié n’a plus de poste fixe et nominatif, il partage son espace de travail avec ses collègues et change de place librement en fonction des disponibilités. Aussi appelé hot-desking, desksharing.

 

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Les Français sont des travailleurs nomades

-Plus de 3 entreprises sur 4 interrogées pratiquent le télétravail

-Plus de la moitié d’entre elles ont complètement déployé le télétravail

-Plus d’une entreprise sur 3 a déployé le flex-office pour l’ensemble de ses équipes

-63 % d’entre elles ont aménagé l’espace en plusieurs ambiances

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