Le travail sur écran peut générer sur la durée des troubles musculosquelettiques. Découvrez avec Mathieu Duchatel, Directeur Associé chez Synevia, des conseils et bonnes pratiques pour prendre soin de vos collaborateurs et enrayer ce phénomène.
Le travail sur écran peut générer sur la durée des troubles musculosquelettiques. Découvrez avec Mathieu Duchatel, Directeur Associé chez Synevia, des conseils et bonnes pratiques pour prendre soin de vos collaborateurs et enrayer ce phénomène.

Travail sur écran : comment éviter les troubles musculosquelettiques (TMS) ?

Le travail sur écran s’accompagne souvent, au bout de plusieurs heures, de douleurs cervicales, aux épaules, dans le bas du dos ou aux poignets… Gênantes, elles peuvent sur la durée devenir réellement invalidantes et déboucher sur un trouble musculosquelettique (TMS). Interview de Mathieu Duchatel, Directeur Associé chez Synevia (ex-E2ST), qui vous explique pourquoi et partage différents conseils et bonnes pratiques pour prendre soin de vos collaborateurs.

 

Le travail sur écran comporte-t-il des risques pour la santé physique ?

 

Mathieu Duchatel : Tout à fait, le travail sur écran provoque principalement des troubles musculosquelettiques (TMS) et des maux de dos. Plusieurs raisons l’expliquent : il s’accomplit de manière statique durant 7 à 8 heures d’affilée et souvent avec des gestes très répétitifs. Or, le corps humain est fait pour bouger, varier les mouvements et les positions de travail. Toute posture statique prolongée provoque une contraction musculaire qui, quand elle perdure, génère une accumulation de toxines dans l’organisme. Le seul moyen de les éliminer est de se remettre en mouvement, alors que le travail sur écran suppose justement de l’immobilisme. 

 

Quelles sont les conséquences du travail sur écran pour l’organisme ?

  

Mathieu Duchatel : Le travail sur écran provoque d’abord des douleurs ponctuelles, majoritairement dans les cervicales, les épaules, les trapèzes. Dans le poignet et le coude aussi, en lien avec l’utilisation permanente de la souris et du clavier. La région des lombaires est aussi concernée par ces douleurs, le bas du dos n’étant pas assez maintenu par le dos de la chaise ou du fauteuil de bureau. 

 

La région des lombaires est aussi concernée car la position assise modifie la position de la colonne vertébrale qui est soumis à des contraintes plus importantes (disparition du creux lombaire au profit d’un dos rond).

 

Au fil du temps, ces douleurs peuvent devenir chroniques tout au long de la journée, réveiller la personne la nuit en cas de tendinite au niveau du poignet par exemple… Ces troubles musculosquelettiques (TMS) débouchent alors sur des arrêts de travail, des incapacités temporaires ou permanentes de travail, parfois des opérations, du canal carpien notamment. Dans certains cas, cela peut nécessiter le reclassement de certains salariés, contraints de changer de poste de travail. On parle ici de TMS à effet différé : les postures peuvent être répétées durant des années, sans conséquence marquante. Les symptômes apparaissent souvent tardivement et brutalement.  

 

Tous les salariés sont-ils égaux devant les troubles musculosquelettiques ?

 

Mathieu Duchatel : Évidemment non. À poste équivalent, un salarié ne souffrira pas forcément de TMS, ou sous la même forme. Chaque corps est différent. On sait néanmoins que les femmes y sont plus sujettes, que les TMS sont plus fréquentes quand on avance en âge et qu’on peut aussi présenter certaines prédispositions génétiques. A contrario, une bonne hygiène de vie (en termes d’équilibre alimentaire, d’hydratation, de pratique d’une activité physique ou sportive) peut retarder ou enrayer les douleurs. Les TMS ne sont pas une fatalité ! 

 

Quelles sont les bonnes pratiques à conseiller aux dirigeants et à leurs équipes pour prévenir ces troubles musculosquelettiques ?

 

Mathieu Duchatel :  Le premier paramètre est le réglage de la hauteur de l’assise du fauteuil. Les genoux doivent être fléchis à 90° et les cuisses maintenues parallèle au sol. Ce qui n’est pas toujours évident pour les petits gabarits. Une astuce intéressante peut consister à équiper la personne d’un repose-pied qui améliorera également sa circulation sanguine. Ensuite, il faut veiller à ce que le bas du dos soit collé contre le dos de la chaise et les épaules bien relâchées.

 

Observez-vous, vous verrez que, rapidement, votre dos s’affaisse, surtout si vous utilisez exclusivement un ordinateur portable ! Nous conseillons toujours d’équiper les personnes d’un écran externe supplémentaire et d’un clavier. Dans tous les cas, il faudra également veiller à ce que l’écran soit correctement réglé, à savoir la hauteur avec le bord supérieur au niveau des yeux et qu’il soit suffisamment éloigné. Tendez le bras : l’écran doit se trouver au bout de vos doigts. 


La souris et le clavier doivent se trouver à proximité. Si la personne a besoin de dossiers sur son bureau, mieux vaut lui acheter un porte document. Il faut être vigilant à ce que les avant-bras soient posés sur le plan de travail, sinon les contraintes sont très fortes sur les épaules. Quand des douleurs sont installées au niveau des poignets ou des coudes, le passage à une souris verticale peut être envisagée. Une souris classique génère une torsion qui n’est pas naturelle pour le poignet et l’avant-bras. La souris ergonomique résout ce problème mais il faut savoir qu’il n’en existe qu’une taille standard, qui ne correspond pas à toutes les morphologies. 

 

Ces changements de posture peuvent-ils suffire à enrayer les troubles musculosquelettiques ?

 

Mathieu Duchatel : Non, pas complètement, les TMS sont multifactoriels. Le stress entre aussi en ligne de compte. Physiquement, on sait qu’il génère très rapidement de fortes tensions entre les omoplates. Par ailleurs, sur un plan chimique, le stress amène une réaction physiologique de l’organisme qui se met à secréter une hormone, le cortisol pour apaiser le corps. Or, ce dernier accentue les sensations de douleurs en cas d’exposition prolongée au stress.

Les TMS doivent nous inciter aussi à réfléchir à une autre organisation du travail. N’y-a-t-il pas des tâches qui pourraient être accomplies autrement que derrière un écran ? Dans nos locaux, nous avons installé par exemple un grand écran tactile numérique qui nous permet de travailler debout et sans clavier. Nous essayons de limiter l’usage du mail également : pour alimenter l’esprit d’équipe, il vaut toujours mieux se lever et aller voir un collègue que de lui envoyer mail !

 

Il peut aussi être intéressant de créer un espace de travail debout pour casser la routine. Son usage devra être limité dans le temps, 20 ou 30 minutes, pour ne pas créer d’autres déséquilibres, notamment si on y utilise un ordinateur portable.

 

Enfin, les entreprises ont tout intérêt à  inciter leurs équipes à se lever et à marcher régulièrement pour réactiver les muscles et la circulation sanguine. Un programme d’éducation aux gestes d’assouplissement et de d’étirement, sous forme d’atelier de sensibilisation lors de la pause déjeuner, portera rapidement ses fruits. L’ergonomie d’un poste de travail ne coûte pas forcément cher. Il est souvent efficace de commencer par optimiser l’existant !  

 

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Le travail sur écran en chiffres


Entre 1986 et 2016, d’après Celsalab, le temps passé par les Français devant un écran est passé de 2 heures et 47 minutes à presque 8 heures (Celsalab).

 

En France, les TMS touchent 50 000 personnes. Selon l’Institut National de la Recherche Scientifique, 5 % des TMS seraient imputables au seul travail sur écran.

 

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TMS : quezako ?

 

Les troubles musculosquelettiques (TMS) regroupent des affections touchant les structures situées à la périphérie des articulations : muscles, tendons, nerfs, ligaments, capsules articulaires, vaisseaux… Les parties du corps les plus fréquemment atteintes sont : le dos, les membres supérieurs (poignet, épaule, coude), plus rarement les membres inférieurs (genoux). 

Les TMS ont des causes multiples, mais l’activité professionnelle joue fréquemment un rôle dans leur survenue, leur maintien ou leur aggravation. En France, elles représentent 80 % des maladies professionnelles. 

 

 

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